Eros, songe et enfer

Jean-Christophe Averty, réalisateur pour l’O.R.T.F. rend visite à Jean Boullet en 1967 à sa librairie Le Kiosque au 79 rue du Chateau à Paris. La première librairie spécialisée en France sur les bandes dessinées des années 30 et sur les illustrateurs oubliés de la Belle Époque, reçoit les clients collectionneurs et les personnalités de la presse périodique, des ondes hertziennes et du tube cathodique : Pierre Tchernia, Antoine, Polnareff, Rémo Forlani, Cino del Duca, etc. Naguère encore les héroïnes de papiers étaient censurées, décolletés scrupuleusement gouachés et poitrines aplaties, afin de ne pas éveiller trop vite la libido des adolescents. Depuis 1949 la loi qui vise à contrôler les publications pour la jeunesse encourage l’activité des censeurs, là ou pourtant les adultes ne sont pas invités à suivre les bifurcations dans les ronces et les baies sauvages. Jean Boullet vient d’ouvrir pour quatre années, avant et après 68, un lieu également dédié à l’expression la plus contemporaine du 9ème art en y exposant Philippe Druillet ou Nicolas Devil. Chez ces derniers, l’érotisme est bien plus psychédélique. Avant eux, Barbarella de Jean-Claude Forrest « bande dessinée pour adulte » que l’audacieux éditeur Eric Losfeld a définitivement mis entre toutes les mains, a ouvert une voie aux nouveaux illustrateurs.

L’ironie du sort est que l’année choisie par Jean Boullet de fuir la France et se convertir de manière très illusoire à l’Islam en Algérie est celle de la réalisation du Songe d’une nuit d’été par Jean-Christophe Averty pour le petit écran : 1969. Année érotique disait-on, également année des cosmonautes ou de la répression sous les dictatures. Shakespeare pour le petit écran est une gageure mais les trucages électroniques et incrustations de la réalisation en couleurs ont ramené à la dimension de la petite lucarne un peu de l’esthétique psychédélique comme contre-poison d’une époque affreusement grise.

Averty fit l’acquisition de l’ouvrage majeur les Fleurs animées de J.-.J. Grandville à la librairie Le Minotaure pour ainsi dire à l’ouverture du magasin en 1947, tandis que Jean Boullet y exposa à la même période une série dédiée à la Mandragore. L’époque n’avait pas moins besoin de sortir d’une grisaille, entre dénonciations de collaborationistes et déclarations de guerre loin dans les colonies. L’intention d’illustrer le Songe d’une nuit d’été entre dans cette logique mégalomane caractéristique de Jean Boullet d’adapter quelques classiques en y imposant quelques uns de ses phantasmes. Shakespeare, Dante, Perrault, La Fontaine, Lewis Carroll, Victor Hugo ou Edgar Alan Poe, rien ne l’arrête. Les forêts imaginées par Gustave Doré ou Rodolphe Bresdin, prédecesseurs qu’il admire, sont toujours vivantes en lui. Il fait sienne les combinaisons et métamorphoses de toutes les espèces. La forêt de Sologne, ses étangs et ses sous-bois, les cris des animaux et l’envol rapide des oiseaux, excitent encore son imagination d’existentialiste à St. Germain des Près, aux côtés de Boris Vian. Conçue dès 1943 et enrichie de planches à l’encre bleue en 1945, cette suite dédiée à Shakespeare est longtemps restée inédite, méconnue, jusqu’à ce que les visiteurs la découvrent aux cimaises de la galerie Au Bonheur du Jour. Jean-Christophe Averty a glissé certaines de ces illustrations sur son banc-titre lors de la réalisation derrière le tube cathodique, comprises dans l’iconographie baroque et chahutée servant à merveille les silhouettes juvéniles de Jean-Claude Drouot, Christianne Minazzoli ou Claude Jade. Mais en décembre 1969, Jean Boullet tire sa révérence, retrouvé pendu à un arbre aux alentours de M’Sila (Algérie). L’éros exprimé dans cette suite dessinée va jusqu’à la représentation de pénis devenus arbres tendus, jusqu’à la nudité convulsive de Titania, jusqu’à la masculinité charpentée de Bottom affublé d’une tête d’âne par Puck le lutin – lourdement allongé sur sa prétendante qui semble endurer le poids de cette virilité au repos.

L’interprétation graphique de La divine comédie de Dante Alighieri fut un autre projet ambitieux de Jean Boullet, conçu l’année de son voyage en Afrique du Nord et sub-saharienne. Projet pour un total de 105 planches, tel est le répertoire délirant des châtiments et supplices qu’il reprend à son compte, invitant le fantôme du marquis de Sade dans l’ombre de Virgile où stationnent pour une éternité les hommes bannis, si loin d’un paradis perdu. Ici la mort cruellement dessinée par lui, les mains ostensiblement clouées ou les moignons agités sans espoir, interrogent le regardeur sur ce qui n’est plus une scène classique pour voyeur obsédé mais pour celui ou celle qui regarde bien au-delà du trou de la serrure, vers le fond des origines de l’éros. On ne saurait confondre la flagellation d’une pin-up dans un récit dessiné pour les voyeurs des kiosques de gare avec une séance de torture réelle par des Agents du Renseignement, mais Jean Boullet assume le passage de la représentation iconographique à la réalité la plus pathologique lorsqu’il est poussé par ses démons intimes. Il est dans un cercle dantesque analysé par Georges Bataille et assume ce positionnement de l’éros pour qui ira aux frontières du néant.

King Kong, La marque du vampire, Frankenstein, l’expressionnisme de ceux qui fréquentaient la Cinémathèque dans les années 50 est passé par Tod Browning, Cooper et Schoedsak, James Whale. Jean Boullet imaginait des séquences inédites pour quelques uns de ces films, séquences que chercheront plus tard à découvrir en vain les cinéphiles épris de fantastique et d’excentricités à l’écran. En 1948, il rassemble chez lui des amis amoureux du théâtre d’ombres pour des projections à la Cinémathèque. En 1963, il rassemble d’autres amis pour une adaptation en cinéma d’animation du roman de Bram Stoker, Dracula. Un court-métrage longtemps considéré comme perdu avant sa redécouverte et sa restitution à partir des bobines transmises par les anciens cinéphiles « maniaques » de l’épouvante et de l’érotisme à l’écran.

Denis Chollet

galerie Au Bonheur du Jour, automne 2021

surréalisme sur le cours mirabeau

Le Surréalisme est né sous le pont Mirabeau (Paris) après la guerre 14-18 qui résonnait encore sur l’éclat d’obus dans le crâne de Guillaume Apollinaire. Un siècle plus tard voici à nouveau le Surréalisme sur le cours Mirabeau (Aix-en-Provence) à l’heure où l’Amazonie brûle. Une exposition se tient à l’espace culturel. Le visiteur ayant posé son sac à dos de routard – possiblement inquiet par la nouvelle réglementation concernant la fabrication des huiles essentielles en Provence – peut suivre l’itinéraire établi par le directeur de cette exposition, Christian Arthaud. Le quotidien La Provence résume l’intention générale :

Avec beaucoup d’humour, d’érudition et d’à-propos, Christian Arthaud a remarquablement réveillé un espace d’exposition que le conseil départemental des Bouches-du-Rhône a trop longtemps laissé en déshérence. On s’en souvient avec colère et nostalgie : entre 1995 et 2014, date d’une interruption brutale qui fut très mal comprise, le 21 du Cours Mirabeau abritait quatre fois par an des dossiers de belle envergure, par exemple à propos de Varian Fry, de Pierre Soulages, du Camp des Milles, d’Alberto Giacometti, de Jean Moulin ou bien de la Comtesse Pastré.

Quoique poètes télégraphistes de l’inconscient et de ce qui s’y manigance en douce sous diverses implosions, les créateurs ici exposés ont participé à la fondation du mouvement ou à son développement dans le siècle précédent. Œuvres rares présentées aux cimaises, enquêtes à redécouvrir dans les pages de La Révolution Surréaliste, tandis que celui ou celle qui avance mesurera son degré d’éveil par la lecture des tracts subversifs également présentés.

Les plus anciens (mais quel âge ont-ils?) retrouveront de nombreux compagnons de route inspirateurs sur le territoire hors-frontières emprunté par les frondeurs des années 20 : Georges Bataille, Max Ernst, Benjamin Péret, Brassaï, Michel Leiris, Antonin Artaud, René Crevel, Marcel Marïen, etc, etc, avec quelques rares femmes en alter-ego à leurs côtés.

André Breton avait averti depuis Prague (ex Tchécoslovaquie) en 1935 et à l’occasion d’une conférence sur la fonction ou l’inutilité de l’objet : « Le plus grand danger qui menace peut-être actuellement le surréalisme est qu’à la faveur de la diffusion mondiale, brusquement très rapide, le mot ayant malgré nous fait fortune beaucoup plus vite que l’idée, toutes sortes de productions plus ou moins discutables tendent à se couvrir de son étiquette … ». Principalement visé dès cette époque, Jean Cocteau, dont la manière d’infiltrer les expositions auxquelles il n’était pas convié reste un modèle du genre. Plus tard, d’autres on fini par confondre l’imagerie onirique sous cadre à acheter en plusieurs mensualités avec la chambre à coucher et les divans (quelquefois des reproductions de Magritte ou de Labisse ou de Dali), avec les explorations périlleuses dont quelques uns ne sont jamais revenus.

Les plus jeunes (mais quel âge auront-ils bientôt ?) découvriront des noms qui ont servi la cause du désir de révolution même si le plus plus souvent les Surréalistes furent des « révolutionnaires sans révolution » (André Thirion) et devenus prétexte à collectionner des œuvres aux prix grimpants suivant la courbe de l’Once d’Or sur les murs des séjours et des corridors. Il n’empêche que les créateurs nés dans les années 40 et 50 ont naguère largement puisé aux sources de ce mouvement, plus que dans le Romantisme ou l’Expressionnisme, iconoclastes ou laudateurs ayant fréquenté avec assiduité les librairies Le Minotaure, Le Pont traversé, Le Terrain Vague, La Proue et quelques autres, dont les gérants eux-mêmes avaient choisi leur fréquence de réception sur les ondes du Surréalisme après la guerre mondiale, c’est à dire la seconde.

A découvrir donc des raretés bibliophiliques signées Robert Desnos et André masson, Gisèle prassinos et Man Ray, Paul Eluard et Pablo Picasso, à découvrir aux cimaises des peintures ou estampes de Max Ernst, Camille Bryen, Victor Brauner, Yves Tanguy, Joan Miro, Toyen, Oscar Dominguez, René Magritte, etc, etc, œuvres pouvant encore aujourd’hui servir de bâton de dynamite au cas ou Jean-Paul Belmondo, en un retour fantomatique express, déciderait de commettre un ultime fric-frac chez les nantis plus rapidement qu’à l’aide du pied de biche avant de repartir avec Le Voleur de Georges Darien sous le bras.

L’exposition fait oublier les « cadavres » virtuels après faux procès plus inoffensifs que ceux organisés à Moscou ayant eu pour conséquence désastreuse les exclusions en séries, les diktats et les contre-ordres, pratique franco-française reprise à l’identique plus tard par les Situationnistes. En Belgique, René Magritte récusait l’appellation « Surréalisme belge », préférant considérer des Surréalistes vivant en Belgique. Le pays ne faisant pas moins oublier les exactions au Congo, comparables à celles commises par la France en Indochine, a fait la preuve d’une liberté de s’exprimer sur le mode surréaliste, en revues périodiques, en tracts ou sur les toiles peintes. Quelques uns de ces révoltés et poètes de l’image ou sans images sont donc présents ici sur le Cours Mirabeau.

Le fond de la problématique (se voit-il sous un microscope?), Christian Arthaud nous en précise les contours :

« Disons-le : en explorant sans a priori tous les chemins de la pensée, en fouaillant dans la vie mentale nocturne accessible à tout un chacun, en s’exposant au fortuit et à la surprise, en révélant le faux-semblant merveilleux des dictons, en observant les ressources expressives de la folie, en se dégageant des ornières et des filières, en métamorphosant l’existence en mythologie, en agrandissant par plaisir le champ des possibles, en expérimentant les techniques d’écriture et de peinture les moins conventionnelles, en ne s’interdisant rien, bref, en réinventant l’art et la littérature. »

Domaine ignoré ou presque, celui de la musique. Pour bon nombre d’écrivains surréalistes, le mot imprimé faisait sa musique interne et en silence. Le voyageur moderne peut poursuivre sa route en invitant dans ses pavillons acoustiques Edgar Varèse, Franck Zappa ou Charlie Mingus, sans oublier Ella Fitzgerald aux scats jazzistiques improvisés.

Le catalogue édité par le Conseil Régional des Bouches-du-Rhône nous servira lors des révisions (un conseil de révision pour bientôt ?) et combler les trous de mémoire qui augmentent d’année en année. Il servira aussi d’introduction à ceux et celles qui ne savent rien de ces inventions nées de l’automatisme de la psyché d’hommes et de femmes qui espérèrent repousser les mitrailleuses des belligérants.

On comprend qu’autour de cette exposition des ateliers ludiques pour enfants soient organisés. André Breton n’avait-il pas défini Lewis Carroll comme « notre premier maître en école buissonnière » ? Quand aux adultes lucides ils pourront chahuter la mémoire monarchique de feu Mirabeau.

denis chollet

jean-claude romer, clap final

Jean-Claude Romer à son domicile, années 80

Jean-Claude Romer est mort. Lui qui aura passé sa vie devant l’écran, il est passé derrière et rien ne dit qu’il ne nous fera pas signe à l’occasion de la redécouverte d’un film trop oublié aujourd’hui. C’est lui qui avait encouragé nos premières enquêtes approfondies sur Jean Boullet, menées vers 1984 avec Laurent Chollet et plus tard avec Michel Fenioux. Devant la librairie Le Minotaure, il nous attendit ce jour-là, avant d’aller boire un apéritif à La Palette, où l’un des serveurs en savait long sur les maniaques qui fréquentaient la librairie à l’enseigne conçue par Maurice Henry. Ce maniaque de l’écran, pour reprendre l’expression de Michel Laclos qui l’avait accueilli pour un numéro de Bizarre consacré au cinéma d’épouvante, connaissait toutes les bobines par cœur mieux que les éclairagistes et les perchmen de la Universal que les connaissaient. Je nous revois descendre le boulevard de Strasbourg pour un entretien entre cinéphiles. Il était présent lors d’une des soirées Mauvais genres au Centre Pompidou, présent aussi à l’une de mes signatures en présence de Roger Cornaille, Claude Andrée, Dorothée Blanck, Pieral, Roland Lesaffre, etc. Vive le Midi-Minuit est un texte qu’il m’avait envoyé à l’occasion d’un numéro dédié à la programmation 1966 dans cette salle du boulevard Poissonnière dans le Paris de jadis, salle de projection particulièrement surveillée par les agents de l’Office Catholique du film pour excès de « danses lascives », en témoigne encore les recommandations aux censeurs sur les répertoires annuels édités par l’OCF. Il y disait de la salle gérée par M. Roger Boublil : « Sa programmation était exemplaire. Tout ce qui relevait de l’étrange, du sexe ou de la violence, ou de ces trois catégories à la fois, déferlait sur son écran : Le Voyeur, Le Masque du démon, Les Survivants de l’infini, Le cauchemar de Dracula… tous les futurs grands classiques du genre ont figuré à sont palmarès. »

https://drive.google.com/file/d/1uuB6ExNl82KGZuZeurqdWPKmYwgrn57i/view

C’est d’ailleurs en mai 1966, hors de la désormais célèbre revue MMF, dans les pages d’un numéro de la revue Image et Son dédié à ce genre cinématographique, où se succèdent les interventions de Jacques Zimmer, Michel Caen, Alain Dorémieux, Michel Ciment, Guy Gauthier et d’autres critiques encore, que Jean-Claude Romer déclare préférer les réalisateurs qui montrent ce qui a été décidé d’être à l’écran, pas nécessairement l’horreur, c’est à dire « des films réalisés dans le but de susciter chez le spectateur une inquiétude, une peur réflexe, laquelle peut conduire à un état d’insécurité plus ou moins prononcé. »

Toujours en mai 1966, on le retrouve à la rédaction de la revue Giff-Wiff, où l’on gonfle les ballons de la bande dessinée à plein poumons, aux côtés de ses amis Francis Lacassin ou Alain Tercinet, écoutant le détective Dick Tracy conclure : « Le type au squelette a été tué par une arme à feu ». Le collage qui orne la couverture de ce numéro a été réalisé par Roger Cornaille « le Minotaure », tous nos amis sont réunis y compris le type au squelette. On peut relire le numéro tout entier :

http://collections.citebd.org/in/faces/documentReader.xhtml?id=h::13da337b-e6f8-40aa-adaa-ca10cedf33c9&mediaId=attach_upload_f6e4f20d-4846-44cb-a050-acd786be5e38

Pour les retardataires aux examens d’entrée en Sorbone, ils peuvent consulter les fiches monsieur cinéma chez les collectionneurs qui les possèdent toujours, en prenant rendez-vous et en portant à boire pour l’apéritif.

Pour les happy few, offrons la reproduction d’un itinéraire tracé de la main même de Jean-Claude Romer qui citait ses origines un peu avant l’effondrement des tours jumelles de New York. Là haut, il doit voir la poussière tomber au ralenti à cause du décalage spatio-temporel et si ça vous tente de revoir le film, il reste quelques strapontins pour une vision très oblique en sans les sous-titres mais en présence de Pierre Tchernia l’ami de Mickey Mouse.

Dorothée Blank et Jean-Claude Romer à la librairie Le Minotaure
Jean-Claude Romer et Denis Chollet, Paris 2000

topor, jamais ne t’endort

Roland Topor (1938 – 1997). L’illustrateur infatigable dans les années 70 et 80, le concepteur et parolier, le conteur et créateur de Téléchat, etc, etc, a longtemps été louangé par son aîné et vieux complice l’écrivain et humoriste Jacques Sternberg (lequel lui a consacré une monographie chez Seghers en 1976). Chez Kesselring, Jacques Sternberg crée la revue périodique Mépris à l’automne 1973. Parmi les caricaturistes de talent publiés sur les trois numéros (le n°3 date du début 1974) figurent Nicoulaud, Berner et Lucques. La couverture du n°1 signée Roland Topor résume l’affrontement idéologique entre la dislocation et la résistance. De cette période déjà très féconde, on retiendra ces livre de dessins ou scrapbook chez Kesselring, Le Chêne, Balland, ses entretiens avec Michel Laclos (in Radio-France, Allegro … ma non troppo), sa participation à la revue périodique Le Fou parle.

Il confiait alors à Jacques Sternberg : « J’ai commencé à faire des dessins en croyant que j’allais gagner de l’argent, ce n’était pas vrai. Je méprisais le dessin à cette époque, je voulais faire de la peinture… J’aime beaucoup le dessin et les dessinateurs. C’est ce que j’aime le plus en art. »

siné, un enfant enragé du siècle

Cette édition conçue pour Le Livre de poche a paru fin 1973. « Depuis plus de vingt ans, écrivait-il, je traque les mêmes crapules ! On dit qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas … peut-être … mais ce sont les renégats qui le prétendent ! » Siné n’a jamais bifurqué comme en témoigne cette anthologie Siné Massacre : détestation par le sarcasme ou le rire franc des officiers militaires, des curés propagandistes, des agents de la C.I.A., des promoteurs du néo-colonialisme, des gaullistes conservateurs, des forces de l’ordre qui matraquent à longueur de semaines, etc. Au contraire, Siné aimait les fesses des Sinégalaises, les descentes en ski et la révolution cubaine. Images du désir contre images du Massacre, question ontologique. On ne manquait pas d’images affreuses, du Biaffra au Yémen, de la Yougoslavie à l’Angola, du Chili à la Sierra Leone. Bras coupés, unijambistes à l’ancienne ! Mais sans les fers à repasser s’il vous plaît. Le recueil Siné Massacre s’arrête en 1973 et il faudra revoir plus de 35 ans de suites graphiques de ce révolutionnaire réserviste pour comprendre tout ce que l’art de la caricature du siècle lui doit tandis que le siècle suivant a déjà commencé.

Crever ? Les marchands d’armes ont eu sa peau. Le lendemain de son décès, Sylvie Caster, ex-chroniqueuse à Charlie hebdo (des années 70) et écrivain satirique parmi les meilleurs, commentait dans Libération (daté du 6 mai 2016) en qualifiant « Son ardeur à la révolte intacte. Siné, c’est un modèle de non-vieillissement, de môme éternel. Même dans le grand âge. Même devenu très malade, sans poumon, les tuyaux de l’assistance respiratoire dans le nez, Siné, c’est celui qui va se lever, se battre contre un fauve, résister. Parvenir à rester inventif, cocasse (…) ». Siné, un enfant enragé du siècle (1928_2016)

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